lundi 30 juillet 2007

Marcel, Tahoua et petites info sur l’eau

Petit post avec trois choses :

  • Marcel (dont vous trouverez des photos de lui et sa famille chez lui après notre visite chez lui samedi dernier ici). Marcel travaille donc à la maison et habite à près de 20mn de la maison à vélo. Il habite une petite maison, qui accueille tout de même 12 personnes (Marcel, ses 2 femmes, et leurs 9 enfants présents sur les 12 de la « petite » famille) dans 40-50m². Leur conditions de vie sont assez dures et le confort très limité. Bien sur, pas d'eau courante ni d'électricité. Cuisine au charbon, sanitaires à l'extérieur (on ne parle même pas de cabanes de fond de jardin, qui serait d'un luxe incroyable). Le fossé est incroyable entre sa vie et son lieu de travaille, notre maison. Visite honorante (un employeur précédant l'avait renvoyé après avoir vu sa nombreuse famille, pour qu'il s'occupe d'eux) mais troublante. Il y aurait tellement de choses à dire, en particulier sur certains drames de sa vie qu'il a pu nous confier. Lorsque l'on parle de pbm d'accès au soin, Marcel et trois de ses enfants en sont le dramatique exemple. Deux enfants de Marcel sont morts des suites d'un non accès aux soins, faute de moyen. Leur traitement respectif ne dépassaient pas 20 000 CFA, c'est-à-dire 30€. Sa fille (que l'on voit en photo dans sa robe rose) a perdu son œil droit, des suites d'une maladie. Le traitement aurait couté 10 000 CFA, 15€. Chacun se fera son opinion.
  • Tahoua. J'ai passé la semaine en mission avec un collègue nigérien et un chauffeur dans une exploitation du centre du pays. La mission avait pour objectif de visiter des centres (un centre par ville ou village, approximativement). Le centre du pays est magnifique, avec de grandes étendues vierges de toute habitation ou culture où se mêlent le rouge de la terre, le jaune du sable et le vert de la végétation qui reprend des couleurs en ce début de saison de pluies. La route que j'ai emprunté mercredi, qui rejoint plusieurs exploitations était assez extraordinaire. Tout d'abord, il faut s'imaginer que l'unique route qui relie ces villes et villages (dont une préfecture tout de même) n'est pas bitumée, et que les communications peuvent être coupées en cas de pluies. On a pu en faire les frais, embourbé pendant 45mn malgré notre 4x4. Imaginez un peu Toulouse et Bordeaux reliés par un chemin de randonnée… La route était sur la crête d'une sorte de chaine de colline, avec de part et d'autres les grandes plaines colorées. Les champs sont eux travaillés à la main, avec pioches et houx. De la semaine que j'ai passé, et des près de 1500 km parcourus, je n'ai vu que 4 tracteurs dont 3 dans la zone de Niamey.
  • L'eau. Petit topo rapide sur le pbm principal de l'eau. J'avais parlé de notre piscine en expliquant que ce n'est pas si choquant dans le fond. Sur Niamey le principal problème ne réside pas tant dans la production d'eau que dans son accès. La production d'eau est suffisante en toute saison, l'eau étant produites à partir du fleuve Niger. La difficulté est de faire parvenir l'eau dans les maisons ou dans les quartiers. Il y a un système, en développement, de clients particuliers (avec point d'eau dans la maison, dont l'abonnement et le prix du m3 varie suivant le débit au compteur et de la quantité d'eau consommée par mois), d'administrations, entreprises,… et aussi de bornes fontaines, qui sont des points d'accès touchant chacune près de 250 personnes (qui paie au fontainier chaque litre d'eau). Un autre problème clef est le manque de canalisations. Pour développer les points d'accès à l'eau il faut pouvoir les relier à des canalisations, ou effectuer des extensions (très cher pour les locaux). Du coup le développement dans certaines villes ou villages est compliqué. Un autre problème, complémentaire à l'accès, est celui de la sécurité de l'approvisionnement, avec dans certaines zones des coupures d'électricité qui coupent les pompes. Si ces coupures durent, l'eau peut venir à manquer.




  • Voilà, c'est tout pour aujourd'hui.

    mercredi 18 juillet 2007

    Les z’hippos

    Petite ballade dimanche, au Relais Kanazi. A 15km de Niamey, c'est un restaurant plutôt cosy et cossu. Pour y accéder, passage devant le golf de Niamey ! Hé oui, il y a aussi un golf à Niamey. J'avoue un peu d'étonnement en le voyant : c'est de la latérite, avec des trous et des drapeaux. Chaque golfeur se promène avec ton petit carré de pelouse verte pour driver avec classe.

    On arrive donc au relais, et là ballade sur le Niger en pirogue pour voir les hippopotames. Après presque 1 heure de ballade, on tombe dessus : deux hippos, la mère et le bébé. On les voyait de loin, parce que c'est à peine dangereux de s'approcher. A chaque fois qu'ils émergeaient de l'eau, un groupe de plus de 50 enfants massés sur la berge d'en face criait. Je peux pas dire que ca a été un moment formidable, parce que les hippos étaient quand même assez loin ; mais c'était quand même assez drôle de se dire que des hippopotames se trouvaient à moins de 500 mètres (et pas dans un zoo).


    Après la petite ballade repas au Relais où on apprend les choses à pas faire en voiture au Niger. Le top 2 :



    1. Ne surtout pas mettre sa ceinture. Mettre sa ceinture veut dire qu'on pas confiance en sa conduite, et donc qu'on est un danger. Amende.

    2. Ne surtout pas faire le tour 2 fois d'un rond point. Motif de l'amende : usure de bitume.

    Et encore pleins d'autres surprises attendent, comme par exemple le fait de pas se faire mettre une amende (méritée) parce qu'on veut aller la payer au poste…




    Le soir, repas dans un maquis. C'est les restaurants d'ici. Entre la commande et l'arrivée des plats (des brochettes-frites) : plus de 2 heures ! Peut être que le petit somme d'une heure du serveur n'a rien arrangé à l'affaire…

    mardi 17 juillet 2007

    Election chef de canton de Liboré

    Samedi, Guillaume, Claire et moi sommes allés à une dizaine de kilomètre de Niamey, dans le village Lobéri (dans la préfecture de Kollo). Se tenait ce jour là l'élection du chef de canton, grande cérémonie officielle attribuant le poste à vie à un prétendant (au nombre de neuf ce jour là). L'ancien chef de canton étant décédé deux mois auparavant, chacun de prétendant a ainsi pu mener sa campagne et préparer les votes. Les seuls votants sont les chefs de village (quatorze pour le canton, dont 13 Haoussa et 1 Peul), largement courtisés pendant la campagne et à qui de nombreux cadeaux sont offerts et envers qui de nombreux engagements sont pris. Le rendez-vous étais fixé pour 10h.

    Départ de Niamey vers 9h avec la famille d'Adam, qui nous a informé de l'élection et dont un de ses (nombreux) oncle est un des prétendants (Adam est issu « d'une grande famille » et doit avoir plus de 20 oncles et apparentés – grands cousins,…). En route petite halte dans une boucherie, en bord de route et alimenté en direct par l'abattage à la demande de bêtes (mouton en majorité) à 50m de là (4 bêtes dépecées ont été livrées dans les 10mn où nous nous sommes arrêté). Je passe sur la poussière et les essaims de mouches…


    Arrivé au village d'Adam, nous laissons là les femmes pour qu'elles préparent la nourriture… Pays musulman (mais sans religion officielle), le Niger même s'il reste modéré dans l'exercice de sa foi, reste marqué par la place de la femme. C'est un sujet de préoccupation constant, en particulier pour Claire… Ainsi, pour samedi, les femmes étaient aux fourneaux et n'avaient (si elles venaient assister à l'élection) qu'une place périphérique (hors du champ de vision et derrières de nombreuses rangées de têtes masculines plus ou moins confortablement installées). Nous, hommes, les avons laissé là, et sommes partis au lieu de rassemblement.


    Arrivée à 10h nous attendons plus d'une heure trente les candidats, en léger retard, tout comme les officiels (ministres, gouverneur de Tillabéry, préfet de Kollo, chef de la sécurité,… du gratin). Visiblement certains candidats ont retardé leur arrivé pour éviter les envoutements… Mysticisme quand tu nous tiens ! Entre temps, un isoloir est installé dans un endroit visible de tout le monde, en écho au grand mot du jour : la transparence. D'isoloir s'est en fait deux grandes paillasses installées en arc de cercle à l'aide de grands bâtons fichés dans le sol. Pendant tout ce temps Guillaume et moi faisons un peu figure d'attraction (pour les enfants en particulier) car peu de blancs sont présents ce jour là (nous, Claire qui nous rejoint par la suite et une suissesse mariée à… un oncle d'Adam avec sa fille – soit 5 au total). Ainsi des groupes d'enfants nous ont dévisagés près d'une demi-heure, attendant qu'on les prenne en photo et qu'on leur montre la photo prise. Grand éclats de rire à la vue de leur tête sur l'appareil. Plutôt sympa mais impression particulière que d'être dévisagé de façon si appuyée.


    Le vote est précédé par une série de discours, une prière du marabout (ici à la fois marabout dans le sens traditionnel et aussi chef spirituel musulman), la présentation à l'assemblée par le prefet de l'urne - vide. Chaque prétendant se voit remettre un bulletin de couleur et le présente aux chefs de village. Les chefs de village sont alors appelés un par un, récupèrent une enveloppe et les 9 couleurs, passent dans l'isoloir, et ressortent déposer leur bulletin dans l'urne. Pour éviter les double votes, leur chaise est déplacé de la tente sous laquelle ils sont installés à l'origine (main droite des prétendants) à l'autre bout de la cours (main gauche des prétendants). Dépouillage et proclamation du résultat. Mouvement de joie des – nombreux – supports du nouveau chef qui n'est autre que l'oncle d'Adam (6 voix pour lui sur les 14). Guillaume et moi sommes même remerciés. Pour certains villageois, la présence de blancs parmi les soutiens est signe de son importance et légitime son élection ! Griots, chantant les louanges dans un vacarme pas possible.


    Ce qui est assez marrant dans ce vote, c'est cette démocratie du visible. La nécessité de voir et faire voir que tout se passe démocratiquement, dans la transparence. On passe alors sur le fait que la veilla au soir, 5 chefs de villages se trouvaient chez un oncle d'Adam (un autre) pour manger et, surement, recevoir de menus cadeaux…


    Après nous retournons au village, féliciter le nouveau chef et manger. C'est un grand plat de riz et de ragout de mouton (que nous avons acheté sur la route) relevé par des piments et des épices. Le but du jeu est de manger main droite (surtout pas la gauche au risque de subir des moqueries et des regards en coin) en confectionnant des sortes de boulettes de riz et viande mêlé. Pas facile, d'autant que tout est plus que brulant ! Thé pour finir le repas, sorte de concentré de feuille de thé où le dosage est d'une dose de thé pour autant d'eau. En France, un thé où l'on laisse le sachet macérer longtemps est bien léger comparé à celui là. Visiblement, c'est ce concentré de théine qui est à l'origine des insomnies de Claire et Erwan en début de séjour… On rentre ensuite à Niamey, vers les 15h, après cette journée assez exceptionnelle, en ayant vu pas mal de chose, en ayant soif (pénurie d'eau dans le canton – l'eau et son traitement local c'est aussi tout un roman) et de bons coups de soleil. Et juste pour souligner le décalage, le soir réception à l'ambassade pour le 14 juillet…

    Premiers pas au Niger

    Bonjour,

    Première impression : génial. Arrivé donc vendredi dernier, et à peine sortie de l'avion, la chaleur. Avec les bagages (visiblement j'ai pris un peu beaucoup plus que ce que j'avais droit normalement…mais bon c passé), la queue au contrôle des passeports,… ça donne chaud. Il doit faire dans les 30-32° actuellement. C'est la saison fraîche!!! J'ai appris hier que la période la plus propice à partir en brousse, faire de la pirogue, visiter est octobre-novembre.

    Arrivé aussi dans la maison avec les colocataires : Guillaume (VIE en informatique), Erwan (dans la sécurisation de site) et sa copine Pauline, et Claire (en développement durable). Grande maison, piscine (ne pas se braquer sur la piscine… j'expliquerais par la suite pourquoi), et des gens qui travaille à la maison : un cuisinier (Marcel), un gardien de nuit (Issouf, qui est capable de ne pas dormir de la nuit, ni trop de la journée, ou encore d'enchaîner la nuit du vendredi, et les journées et nuits du samedi et dimanche… impressionnant. Il parait qu'il boit une sorte de thé qui empêche de dormir, Guillaume, Erwan et Claire en ont fait l'expérience…), un gardien du week-end (pas encore vu, c'est Issouf qui a tenu le poste), un piscinier et un jardinier. Ca fait drôle d'avoir tout le temps du monde qui bosse autour de soi, alors même que l'on ne fait pas grand-chose. Drole aussi d'arriver le midi avec le repas prêt, le soir le dîner prêt, pas faire la vaisselle,… Dire que je vais devoir me forcer à me réfréner serait un bien grand mot, mais c'est pas forcement évident à gérer. Et le pire, parce que la difficulté est là, c'est qu'il faut laisser à Marcel du boulot. Il ne part pas avant 17h (il commence à 7h30 et travaille non stop… du lundi au samedi) et est dérouté et s'embete si il n'a pas assez de travaille à faire.


    Sinon, le week-end m'a permit de faire un petit tour en ville avec les Français. Samedi on a eu droit à une tempête de sable. C'est la saison visiblement et celle-ci était plutôt gentille. C'est d'abord un grand nuage de sable au loin, qui forme un mur, et le ciel s'assombrit un peu. Puis quand on est dedans ça fait une sorte de brouillard de sable tout rouge (ocre pour etre précis). Mieux vaut pas etre dehors ou pas couvert trop longtemps. Une fois que la tempête passe, grosse averse et orage. Il devrait y en avoir de plus en plus, avec une pointe mi-août Ca veut aussi dire, moustiques… Donc petites séances régulières d'arrosage anti-moustique a la citronnelle.


    Au niveau de la vie sur place, elle n'est pas donnée du fait de l'enclavement du pays. Le Niger reste sous doté en matière d'industries et de capacité manufacturière. Tous les produits sont importés du Nigéria, du Bénin,… des voisins ayant une assise maritime ou une production propre. J'ai entendu parler d'une soixantaine d'industries manufacturière pour tout le pays (a comparer avec les plus de 1000 de Cote d'Ivoire). Par contre il existe un fort artisanat local : du 'folklorique' masque, aux bronzes, ou les vêtements, meubles,… Les artisans sont visiblement souvent capables de faire sur plan toutes les choses que l'on veut : meubles, bijoux, vêtements et accessoires,… Il existe également sur le Niger (le fleuve cette fois - où samedi on a pu voir un hippo se balader presque sous l'unique pont de Niamey - et du pays même..) un centre des peaux, où l'on peut faire faire des choses en cuir visiblement de très bonne qualité pour un prix étonnant. Prochaine visite je pense.


    Au programme, dans un futur proche, pas mal de boulot (j'en oubliais presque ce détail) et peut être en aout-septembre une tournée de quelques exploitations dans le pays. 3 semaines de visites… Et dans 10 jours peut être une journée 4x4 pour voir les girafes !


    Voilà pour aujourd'hui, c'est bien assez long comme ca !


    Bonne journée!


    Sébastien