Départ de Niamey vers 9h avec la famille d'Adam, qui nous a informé de l'élection et dont un de ses (nombreux) oncle est un des prétendants (Adam est issu « d'une grande famille » et doit avoir plus de 20 oncles et apparentés – grands cousins,…). En route petite halte dans une boucherie, en bord de route et alimenté en direct par l'abattage à la demande de bêtes (mouton en majorité) à 50m de là (4 bêtes dépecées ont été livrées dans les 10mn où nous nous sommes arrêté). Je passe sur la poussière et les essaims de mouches…
Arrivé au village d'Adam, nous laissons là les femmes pour qu'elles préparent la nourriture… Pays musulman (mais sans religion officielle), le Niger même s'il reste modéré dans l'exercice de sa foi, reste marqué par la place de la femme. C'est un sujet de préoccupation constant, en particulier pour Claire… Ainsi, pour samedi, les femmes étaient aux fourneaux et n'avaient (si elles venaient assister à l'élection) qu'une place périphérique (hors du champ de vision et derrières de nombreuses rangées de têtes masculines plus ou moins confortablement installées). Nous, hommes, les avons laissé là, et sommes partis au lieu de rassemblement.
Arrivée à 10h nous attendons plus d'une heure trente les candidats, en léger retard, tout comme les officiels (ministres, gouverneur de Tillabéry, préfet de Kollo, chef de la sécurité,… du gratin). Visiblement certains candidats ont retardé leur arrivé pour éviter les envoutements… Mysticisme quand tu nous tiens ! Entre temps, un isoloir est installé dans un endroit visible de tout le monde, en écho au grand mot du jour : la transparence. D'isoloir s'est en fait deux grandes paillasses installées en arc de cercle à l'aide de grands bâtons fichés dans le sol. Pendant tout ce temps Guillaume et moi faisons un peu figure d'attraction (pour les enfants en particulier) car peu de blancs sont présents ce jour là (nous, Claire qui nous rejoint par la suite et une suissesse mariée à… un oncle d'Adam avec sa fille – soit 5 au total). Ainsi des groupes d'enfants nous ont dévisagés près d'une demi-heure, attendant qu'on les prenne en photo et qu'on leur montre la photo prise. Grand éclats de rire à la vue de leur tête sur l'appareil. Plutôt sympa mais impression particulière que d'être dévisagé de façon si appuyée.
Le vote est précédé par une série de discours, une prière du marabout (ici à la fois marabout dans le sens traditionnel et aussi chef spirituel musulman), la présentation à l'assemblée par le prefet de l'urne - vide. Chaque prétendant se voit remettre un bulletin de couleur et le présente aux chefs de village. Les chefs de village sont alors appelés un par un, récupèrent une enveloppe et les 9 couleurs, passent dans l'isoloir, et ressortent déposer leur bulletin dans l'urne. Pour éviter les double votes, leur chaise est déplacé de la tente sous laquelle ils sont installés à l'origine (main droite des prétendants) à l'autre bout de la cours (main gauche des prétendants). Dépouillage et proclamation du résultat. Mouvement de joie des – nombreux – supports du nouveau chef qui n'est autre que l'oncle d'Adam (6 voix pour lui sur les 14). Guillaume et moi sommes même remerciés. Pour certains villageois, la présence de blancs parmi les soutiens est signe de son importance et légitime son élection ! Griots, chantant les louanges dans un vacarme pas possible.
Ce qui est assez marrant dans ce vote, c'est cette démocratie du visible. La nécessité de voir et faire voir que tout se passe démocratiquement, dans la transparence. On passe alors sur le fait que la veilla au soir, 5 chefs de villages se trouvaient chez un oncle d'Adam (un autre) pour manger et, surement, recevoir de menus cadeaux…
Après nous retournons au village, féliciter le nouveau chef et manger. C'est un grand plat de riz et de ragout de mouton (que nous avons acheté sur la route) relevé par des piments et des épices. Le but du jeu est de manger main droite (surtout pas la gauche au risque de subir des moqueries et des regards en coin) en confectionnant des sortes de boulettes de riz et viande mêlé. Pas facile, d'autant que tout est plus que brulant ! Thé pour finir le repas, sorte de concentré de feuille de thé où le dosage est d'une dose de thé pour autant d'eau. En France, un thé où l'on laisse le sachet macérer longtemps est bien léger comparé à celui là. Visiblement, c'est ce concentré de théine qui est à l'origine des insomnies de Claire et Erwan en début de séjour… On rentre ensuite à Niamey, vers les 15h, après cette journée assez exceptionnelle, en ayant vu pas mal de chose, en ayant soif (pénurie d'eau dans le canton – l'eau et son traitement local c'est aussi tout un roman) et de bons coups de soleil. Et juste pour souligner le décalage, le soir réception à l'ambassade pour le 14 juillet…
1 commentaire:
c'est bon, ca marche!
Bah alors pk n'y a t il pas de messages?
J'espere que tout se passe bien pour toi au Niger. A ++
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